Mar 23, 2015

N’oubliez pas que les Moudjahidin ont servi Saddam Hussein !

Khaled Sulaiman
Londres a retiré le mouvement iranien des Moudjahidin du peuple de la liste des organisations terroristes (2008) . Pourtant, ces milices ont participé à la sanglante politique de répression menée en 1991 par l’ancien régime irakien.
Un vaste débat agite hommes politiques, journalistes et juristes irakiens à propos de l’organisation des Moudjahidin du peuple d’Iran. [Créée en 1965 pour lutter contre le gouvernement du chah. Après la révolution islamique de 1979, les Moudjahidin refusent de reconnaître le ­pouvoir de l’ayatollah Khomeyni et revendiquent un Etat islamique libéré de la mainmise de l’appareil clérical. Saddam Hussein autorise cette force d’opposition au nouveau régime iranien à s’installer en Irak.] En effet, les Moudjahidin sont accusés d’avoir participé à la répression du soulèvement des Irakiens en mars 1991.
[Les Kurdes, dans le nord du pays, et les chiites, dans le Sud, ont tenté de renverser le régime de Saddam Hussein dans les semaines qui ont suivi la défaite de l’armée irakienne au cours de la guerre du Golfe de 1990-1991.] Ce dossier a été ouvert en 2007 par le procureur général irakien Jaafar Al-Moussaoui. Selon lui, il existe des preuves attestant la participation de l’organisation terroriste des Moudjahidin du peuple à des massacres d’Irakiens. Ses membres seront poursuivis par la justice, y compris à l’étranger, et inculpés pour assassinats, torture, séquestrations et détournement de biens nationaux, puisque l’ancien dictateur Saddam Hussein leur avait cédé une part du pétrole. Les Moudjahidin du peuple, installés dans leur campement d’Al-Achraf, à l’est de Bagdad, ont démenti et ont accusé le procureur de vouloir leur extermination. Certains sunnites irakiens se sont déclarés solidaires d’eux.
Le débat est relancé depuis que la Grande-Bretagne a retiré [le 24 juin] les Moudjahidin du peuple de sa liste des organisations terroristes et depuis que la France de Nicolas Sarkozy cherche à convaincre les autres pays européens de faire de même. Il est étonnant que certains veuillent oublier que ce mouvement a été à la solde des services secrets de Saddam Hussein. Cette démarche n’a donc rien à voir avec la réalité historique, mais avec les aléas des relations irano-américano-européennes. Pour savoir si cette organisation a participé à la répression baasiste, il suffit d’ouvrir les archives des services secrets irakiens. Il y a des documents et des faits qui confirment cette participation dans certaines localités du Kurdistan irakien (Kifri, Tuz Khurmatu, Klar) et dans le sud de l’Irak [à majorité chiite].
Moi-même, j’ai été témoin des crimes commis contre les employés de l’hôpital de la ville de Klar, peu de temps après la libération de Souleimanieh, les 9 et 10 mars 1991 [durant le soulèvement, qui ne dura que deux semaines, le Kurdistan irakien fut contrôlé par les milices kurdes locales, les peshmergas]. Un matin, je voulais me rendre de la cité où je logeais dans les environs de Klar, à Souleimanieh, où j’étais étudiant aux Beaux-Arts. A Klar, la gare routière était désorganisée et je faisais du stop. C’est à ce moment-là qu’on a appris que des blindés venus de Jalaula avaient hissé le drapeau blanc. Au début, les peshmergas ont pensé qu’il s’agissait de forces de l’armée irakienne qui se rendaient, et de ce fait ils les ont laissés faire. Or un des blindés s’est dirigé vers le nord de la ville pour en fermer l’accès. Et un autre s’est dirigé vers l’hôpital public, où il a arrosé de balles une voiture qui en sortait, tuant les quatre ou cinq passagers à bord. D’autres blindés se sont retranchés à l’entrée de la ville, près de sa fameuse citadelle. Et ce n’est qu’après la destruction d’un de ces blindés, qu’on a compris qu’il s’agissait de moudjahidin qui voulaient s’emparer de la ville.
Cette guerre des Moudjahidin contre le peuple irakien a commencé dès le début du soulèvement [kurde] contre le régime de Saddam Hussein, en mars 1991, dans la ville de Tuz Khurmatu. Pour traverser cette ville, des Moudjahidin ont négocié leur passage avec les peshmergas, dont le chef considérait qu’ils n’étaient pas partie prenante dans le conflit et pouvaient donc passer. Au bout du compte, ils ont commencé à pilonner les villes, contraignant les habitants à prendre la fuite. Les peshmergas n’étaient pas suffisamment équipés pour résister aux moudjahidin, dont la puissance surpassait même celle de l’armée régulière irakienne. Ces mercenaires du régime irakien disposaient d’armes légères et lourdes modernes et avaient été entraînés selon les normes de la Garde républicaine irakienne.

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