Aug 26, 2012

En route vers la troisième guerre mondiale ?



Hocine Belalloufi
Mardi 14 Août 2012

Interventions militaires étrangères, guerres entre Etats et guerres civiles, révolutions, coups d’Etat, rébellions armées, le tout sur fond de crise économique générale… La situation internationale se dégrade et fait peur. Le monde marche sur un fil tendu au-dessus d’un gouffre dans lequel il risque de sombrer. Qu’adviendrait-il si les puissances occidentales décidaient finalement d’ignorer l’opposition de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU et intervenaient militairement en Syrie pour renverser le régime d’El Assad ?

Près de cent années après le déclenchement de la première guerre mondiale, ne sommes-nous pas finalement à la veille d’une troisième et peut-être dernière guerre mondiale ? Au train où vont les choses, le débat sur cette question risque d’occuper une place croissante dans les interrogations et réflexions portant sur la conjoncture internationale. 

  
Certains, à l’instar de Georges Corm, considèrent qu’une agression de l’Iran provoquée par les occidentaux ou par Israël plongerait le monde dans un nouveau conflit planétaire. D’autres, à l’instar d’Omar Aktouf, pensent que cette guerre mondiale a déjà commencé par « pays non développés interposés », même s’il ne partage pas l’idée d’une imminence d’un conflit mondial « entre grands joueurs économiques ou géants comme les USA, la Chine, l’Inde, l’Europe, le Japon…. » 
  
Au-delà des avis émis par les uns et les autres apparaît une inquiétude générale sur les risques engendrés par l’évolution de la situation politique internationale. Même s’il faut se garder de toute dramatisation et de tout catastrophisme, personne ne peut ignorer que les conditions d’un éclatement d’une troisième guerre mondiale tendent plus que jamais à être réunies. Restera au final à trouver un facteur déclenchant. Cela ne devrait pas s’avérer trop difficile tant l’éventail des exemples historiques s’avère divers et varié : « coup de l’éventail » à Alger, « dépêche d’Ems » ou « assassinat de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche à Sarajevo »… 

Que se passerait-il si la Turquie décidait finalement d’intervenir en Syrie et que l’Iran, allié de Damas, réagissait en attaquant l’unique « pays musulman » membre de l’OTAN ? Et si Israël, profitant de la confusion générale, décidait de mettre ses menaces d’agression de l’Iran à exécution ? La réaction de Téhéran pourrait-elle épargner l’Arabie Saoudite, le Qatar et le Bahreïn, lieux de présence de troupes américaines ? Une guerre dans le Golfe persique aboutirait inexorablement à la fermeture du Détroit d’Ormuz par lequel transite une bonne part du trafic pétrolier mondial ? La Russie pourrait-elle de son côté s’abstenir de réagir face à des occidentaux qui, des confins d’Asie centrale aux rives de la Méditerranée, l’encerclent progressivement ? 
  
Si toute démarche rationnelle devrait inciter à maintenir les conflits militaires entre puissances moyennes et petits pays, personne ne peut exclure à priori un dérapage survenant à la suite ou au cours d’une réaction en chaîne que plus personne ne serait en mesure de maitriser. L’ONU n’est de toute évidence pas en mesure d’empêcher les agressions militaires alors que la démocratie est bafouée au sein des grandes puissances capitalistes et que l’ordre international se trouve plus que jamais régi par le principe du deux poids, deux mesures. L’inquiétude s’avère d’autant plus prégnante que la crise économique du capitalisme s’approfondit et s’aggrave inexorablement et que personne n’est en mesure de la résoudre voire même de l’atténuer ou simplement de la gérer. 

Le caractère purement formel de l’ONU
Créée au sortir de la seconde guerre mondiale, l’ONU a toujours eu pour fonction de légitimer l’hégémonie des puissances dominantes en lui donnant un fondement juridique légal, reconnue par la totalité des Etats. Ce vernis juridique et diplomatique ne pouvait cependant être déconnecté des rapports de forces politiques réels et de leur évolution. 
  
Incontestables première puissance mondiale et créditeurs, à travers le Plan Marshall, d’une Europe détruite au cours de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis contribuèrent à l’affaiblissement des empires coloniaux de leurs propres alliés anglais et français. Ils apporteront un soutien constant, inconditionnel et totalement partial à l’Etat colonial d’Israël. Ils ne purent en revanche entraver l’arrivée au pouvoir du Parti communiste chinois à Pékin en 1949 et durent également composer avec l’URSS, devenue puissance atomique. Ils furent également contraints d’accepter l’intégration de la République populaire de Chine à l’ONU en tant que membre permanent du Conseil de sécurité doté du droit de véto. Les Etats-Unis se révélèrent toutefois incapables de défaire militairement les luttes de libération nationales des peuples du Sud-Est asiatique (Vietnam, Cambodge, Laos) qui chassèrent leurs troupes de la région et durent tenir compte, un certain temps et jusqu’à un certain point, de l’existence du Mouvement des non-alignés… 
  
Le triomphe de la vague néolibérale au niveau mondial contribuera au triomphe des Etats-Unis et du bloc de l’Ouest dans la Guerre froide. Cette victoire se soldera par la disparition de l’URSS et du bloc de l’Est, l’intégration de la Chine au marché mondial capitaliste et la disparition de la quasi-totalité des régimes non-alignés (Egypte, Yougoslavie, Algérie…). Le rapport de forces se trouvait ainsi totalement bouleversé, au profit du bloc occidental. Face à une Russie « post-soviétique » affaiblie et à une Chine qui ne prétendait pas encore jouer les premiers rôles politiques dans le monde, les Etats-Unis et leurs alliés imposèrent leur loi au Conseil de sécurité de l’ONU comme le prouvent les agressions de l’Irak (1991 et 2003) et de la Libye (2011). 

Les agressions impérialistes se multiplient
Directement ou indirectement, avec le consentement formel ou non de l’ONU, les grandes puissances occidentales (G7) multiplient les interventions militaires directes afin d’assurer la défense et l’extension de l’ordre impérialiste mondial. Depuis le début du XXIe siècle, elles sont intervenues en Afghanistan et en Irak, deux pays ont été occupés par leurs troupes. 
Israël a agressé le Liban en 2006 pour le compte des Etats-Unis afin de tenter d’écraser la résistance nationale du pays du Cèdre et d’affaiblir l’axe Téhéran-Bagdad-Damas-Liban Sud. 
Au Tchad, néo-colonie française où Paris dispose de troupes militaires, des forces européennes ont sauvé en 2008 le président Idriss Déby menacé par une rébellion armée locale. Idem en Côte d’Ivoire où l’armée française est intervenue directement pour renverser le président Laurent Gbagbo et placer Alassane Ouattara à la tête de l’Etat ivoirien. 

En Libye, l’OTAN a transformé allègrement et sans vergogne un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU imposant une zone d’exclusion aérienne à l’aviation libyenne en opération de renversement et de liquidation physique de Mouammar Kadhafi. 

Au Yémen, les Etats-Unis ont soutenu jusqu’au bout le dictateur Ali Saleh et l’organisation d’une transition contrôlée permettant le maintien du régime en place. Les Américains participent directement à la consolidation militaire du régime en mettant leur savoir-faire et leur technologie (drones) au service de ce dernier. Au Bahreïn, l’Arabie saoudite et ses alliés du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sont intervenues militairement pour écraser la contestation populaire et démocratique et maintenir la monarchie. 

Enfin, les Etats-Unis et les principales puissances européennes (Grande-Bretagne, France…) interviennent directement en Syrie en soutenant politiquement, financièrement et militairement (fourniture d’armes et de renseignements, encadrement de combattants…) la rébellion armée et en facilitant la venue dans le pays de groupes de djihadistes et de mercenaires. Cette ingérence dispose du soutien direct de la Turquie (membre de l’OTAN) et des monarchies du Golfe persique (Arabie saoudite et Qatar). Les occidentaux ne cachent pas, là aussi, leur volonté d’en finir avec le régime de Bachar el Assad. L’opposition ferme de la Russie et de la Chine a jusqu’ici empêché les va-t-en-guerre de Washington, Londres et Paris de réitérer le scénario libyen. 

Ne posant plus de limites à leur appétit vorace, les grandes puissances occidentales s’apprêtent à intervenir militairement au Mali sous couvert de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Prétendant rompre avec la politique d’interventions militaires des gouvernements de droite dans le pré-carré africain de la France, le nouveau gouvernement de gauche a déclaré, par la voix de son ministre de la Défense, que son pays « n'a pas à prendre une initiative militaire au Mali ». Mais il juge celle-ci « inéluctable » et « souhaite que ce soient les forces africaines, en particulier celle de la Cédéao et éventuellement de l’Union africaine, qui prennent l’initiative ». Une telle intervention que Paris ne cesse d’appeler de ses vœux et qu’elle prépare activement disposera du soutien politique indéfectible de la France ainsi que de son soutien logistique et financier. Que ne feraient Paris et les grandes capitales occidentales pour « aider » l’Afrique… 

La démocratie bafouée
En Amérique latine, des présidents élus au suffrage universel ont été renversés au Honduras (coup d’Etat militaire) et au Paraguay (coup d’Etat constitutionnel). L’île rebelle de Cuba subit depuis plus de cinquante années un blocus particulièrement inhumain. Au Venezuela, les tentatives de déstabilisation du régime démocratique d’Hugo Chavez se multiplient à l’approche du prochain scrutin présidentiel de l’automne. Tous les instituts de sondage s’accordent à prédire une victoire du président sortant, mais l’opposition développe une nouvelle fois sa stratégie de la tension en contestant à l’avance le résultat des élections. Chavez n’a pourtant nul besoin de bourrer les urnes car même si des critiques peuvent et doivent être adressées à certains aspects de sa politique, il dispose incontestablement du soutien de la majorité de son peuple. Les régimes bolivien et équatorien restent pour leur part ciblés et la récente décision du président équatorien Rafael Correa d’accorder l’exil politique à Julian Assange, directeur du site WikiLeaks, ne risque pas d’améliorer sa côte auprès des Etats-Unis et de l’UE. Le régime militaire colombien sème toujours la terreur et menace les syndicalistes et opposants de gauche alors que la répression s’abat sur les classes populaires au Pérou et que les élections mexicaines sont plus que contestables. 

Au Québec, « grande démocratie » s’il en est, des restrictions aux droits de grève et de manifestation ont été prises par le gouvernement néolibéral pour contrer le mouvement étudiant qui entend s’opposer à une hausse de 82% des frais d’entrée à l’université. 

En Europe, les marchés financiers ont placé des dirigeants non élus à la tête des Etats, là aussi démocratique, afin de conduire des périodes de transition au cours desquelles des politiques antipopulaires ont été adoptées et la souveraineté nationale de certains pays remise en cause. Les législatives grecques tenues sous haute-tension ont été remportées de justesse par la droite grâce à une loi qui attribue d’office 50 sièges à la liste arrivée en tête et suite à de grossières ingérences des dirigeants politiques européens (François Hollande, Angela Merkel…) dans la campagne électorale. 

Ces quelques exemples illustrent à quel point la démocratie dont se gargarisent les « élites » économiques, politiques et médiatiques des puissances du G7 est incompatible avec les politiques néolibérales mises en œuvre et les impératifs de la domination impérialiste sur le Tiers-Monde. 

La politique du deux poids, deux mesures se systématise
Les grandes puissances renouent sans aucune pudeur avec les politiques d’injonction, de menaces et d’agressions. Elles n’hésitent plus à restreindre les libertés démocratiques chez elles et à renverser ou à favoriser la chute de régimes ou de présidents gênants pour leurs intérêts. 

Elles se révèlent en revanche magnanimes à l’égard de leurs fidèles alliés qui bénéficient systématiquement du droit de véto américain au Conseil de sécurité de l’ONU comme le prouve le cas d’Israël. Les agressions à l’égard des pays voisins (Liban, Syrie…), du peuple palestinien occupé à Gaza et en Cisjordanie, des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien (flottille turque agressée dans les eaux internationales…) et les menaces permanentes d’agression de l’Iran ne sont jamais condamnées par les « grandes démocraties occidentales ». La coopération avec l’Etat colonial, raciste et expansionniste d’Israël connaît en revanche d’importants développements comme vient de le prouver le renforcement des liens entre cet Etat qui se veut ethniquement pur et l’UE dans le cadre de l’accord d’association qui lie déjà les deux partenaires. Barak Obama vient quant à lui de promulguer une loi renforçant la coopération en matière de sécurité et de défense entre son pays et Israël auquel il a réaffirmé le soutien "inaltérable" de Washington. 

D’autres alliés sont autorisés à violer allègrement les résolutions auxquelles ces grandes puissances ne peuvent s’opposer ouvertement. C’est le cas du Maroc qui occupe de façon tout à fait contraire à la « légalité internationale » le territoire du Sahara Occidental et qui réprime violemment toute contestation sahraouie. 

Les islamistes sont dénoncés de manière véhémente au Mali et en Somalie, mais sont soutenus lorsqu’ils dirigent l’Arabie Saoudite ou le Bahreïn dont l’Emir vient tout juste d’être reçu à l’Elysée par le socialiste François Hollande… La révolte du peuple bahreïni est passée sous silence ou présentée sous les traits confortables d’une « ingérence iranienne », mais les « révolutions » libyenne et syrienne sont célébrées sans retenue. 

Les opposants d’El Assad réprimés sont mis en avant dans les médias occidentaux, mais les journalistes syriens assassinés par les rebelles sont totalement ignorés par leurs confrères des « grandes démocraties »…

La crise du capitalisme multiplie les risques de guerre
Enfin la crise mondiale du capitalisme s’approfondit dangereusement à la périphérie ainsi qu’au centre du système, en Europe en particulier. Incapables d’arrêter la spirale infernale qui produit faillites d’entreprises, de banques voire d’Etats, les grandes puissances se livrent à une concurrence de plus en plus rude comme on peut l’observer en Afrique où la Chine conteste sérieusement la suprématie historique des pays occidentaux. Cette concurrence acharnée provoque une lutte permanente pour s’accaparer des zones d’influences ainsi que des sources d’énergie et de matières premières diverses. Les risques de guerre et d’engagement militaire direct des grandes puissances dans des conflits locaux s’en trouvent ainsi démultipliés, même si elles parviennent jusqu’ici à « régler » leurs différents locaux par Etats, groupes armés rebelles ou factions interposés. L’augmentation quantitative des crises politiques et militaires locales dans lesquelles les grandes puissances sont indirectement impliquées accroît objectivement les risques de passage « qualitatif » vers des affrontements directs aux conséquences imprévisibles. 

Ainsi et face aux fauteurs de guerre et autres docteurs Folamour qui essaiment la planète, portés par leur soif inextinguible de profits, la lutte, au Nord comme au Sud, pour la paix mondiale relève d’une urgente nécessité.
Source: La Nation (Un hebdomadaire algérien)

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